Allocution d’ouverture

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ALLOCUTION D’OUVERTURE

DU COLLOQUE

« L’ÉGYPTE ET SES VOISINS MOYEN-ORIENTAUX »

Musée des Beaux-Arts d’Orléans

31 août 2010

Madame la Présidente, chère Danièle,

Madame le Conservateur en chef, Isabelle KLINKA-BALLESTEROS

Madame la Directrice du Centre Golénischef, Éléonora KORMYSHEVA

Monsieur le Directeur émérite du centre d’Egyptologie de Strasbourg, Cl. TRAUNECKER,

Chère consoeur et chers confrères de l’Académie d’Orléans

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de vous saluer, vous qui, spécialistes d’égyptologie ou, comme moi, simples amateurs, avez bravé les distances, affronté les périls du voyage, les files d’aéroport ou les tranchées du tram d’Orléans, afin d’être présents aujourd’hui, à l’occasion de ce premier colloque de notre association « Soleil ailé ». Au-delà de l’honneur pour notre association et notre ville, c’est un grand plaisir de vous accueillir, sur les rives d’une Loire qui, bien qu’il ne déborde pas chaque année en une crue bienfaisante, est un peu notre fleuve nourricier à nous par la richesse de la création littéraire, poétique et artistique qu’il a suscité et dont ce musée porte témoignage.

La simple diversité des nationalités représentées parmi vous montre d’emblée que ce colloque est placé sous le signe d’une passion commune pour l’Égypte antique et qu’il prend place dans un esprit de partage qui transcende les frontières et les langues.

Je voudrais pouvoir souhaiter à chacun la bienvenue dans sa langue, mais je ne connais en russe que spassibo, da et niet, et pour ce qui est des autres, tamquam latinam linguam lego, latine loqui non possum et si tandum latine loquar, pro certo habeo verba mea intellecta non omnibus essent. Es gibt kein deutsche Egyptologist hier zu willkommen. Capisco un poco l’italiano, ma il mio vocabolario e limitato, ma siate tutti benvenuti in Orléans. It’s much easier for me, for many reasons — and without doubt a great relief for many of you — to pass on to English in order to welcome you all here for this egyptology colloquium organised by « Soleil ailé », the first ever of its kind to be held in Orléans.

(Si vous voulez bien, je vais continuer en français, parce que nous sommes en France, mais je reprendrai mes propos en anglais ensuite pour ne pas traumatiser dès le premier jour ceux qui ont des difficultés avec la langue de Molière).

Je n’ai personnellement aucun titre à intervenir dans le colloque, sauf à avoir été président en exercice de l’Académie d’Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts au moment de la création de « Soleil ailé » et d’avoir fait partie des premiers membres de l’association. Mais mon cas est significatif, parce que je rêve d’Égypte depuis qu’un extraordinaire instituteur de CM2 (la dernière année de l’enseignement primaire), qui avait enseigné en Égypte, a passé l’année à nous parler des pyramides, des dieux. Il m’a donné à lire, dans une série que beaucoup de petits Français connaissent, celle des « Contes et légendes » des éditions Nathan, un livre que j’ai toujours gardé : les Contes et légendes de l’Égypte ancienne. Depuis, bien sûr, j’ai admiré les dessins de Vivant Denon, feuilleté les volumes de la monumentale Description de l’Égypte publiée sous la direction de Chaptal et acquis en fac-simile la Grammaire égyptienne de Champollion. Je dois même avoir un volume avec des illustrations de Livre des morts. Mais je ne suis jamais allé sur place et je me promets de le faire avant longtemps, en émettant le vœu que « Soleil ailé » puisse organiser quelque chose…

Je dis que mon cas est significatif parce que, si vous ne le saviez pas, l’Égypte est un rêve permanent des Français depuis que Bonaparte y a emmené un certain nombre d’entre eux, des soldats bien sûr, mais surtout un extraordinaire aréopage de savants, à la fin du XVIIIe siècle. En disant au corps expéditionnaire que quarante siècles le contemplaient du haut des pyramides, Bonaparte ne se doutait pas que nous allions rester fascinés pour bien plus longtemps que cela, si l’on songe à l’engouement dans ce pays pour le sauvetage d’Abou Simbel ou l’affluence qu’engendre la moindre exposition liée à l’Égypte ancienne. Le retour d’Égypte avait donné lieu à la publication de toutes sortes d’ouvrages, à des modes vestimentaires, à un style de mobilier. Il avait suscité la curiosité pour une civilisation jusque là négligée, ou perçue de loin à travers les récits d’Hérodote notamment. Lorsque le jeune Champollion, de Figeac, perça le code des hiéroglyphes, c’est toute la vision de l’Antiquité et de l’histoire de la civilisation qui s’est trouvée recadrée. L’horizon s’est soudain dégagé au-delà de la Grèce, au-delà de Cléopâtre et des Ptolémée. Et c’est parce qu’on s’est intéressé à l’Égypte que, par capillarité pourrait-on dire, on s’est intéressé aux autres civilisations antiques du Proche et du Moyen-Orient. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai que c’est parce que les textes égyptiens parlaient des Hyksos et des Hittites que l’on est parti à leur recherche.

Le rêve a duré tout le XIX siècle, renouvelé de temps à autre par des initiatives, tel l’envoi d’une girafe à Charles X par Mehemet Ali, une sensation ! Elle est venue à pied de Marseille et on lui avait fait faire un capuchon en toile cirée, une sorte de Barbour, pour qu’elle n’attrape pas froid. Tel encore le cadeau fait sous Louis-Philippe de l’obélisque de Louxor qui orne maintenant la place de la Concorde et dont le transport et ensuite l’érection sur la place ont contraint à réaliser des prouesses techniques. Il y a eu le percement du canal de Suez inauguré dans les derniers mois du Second Empire, avec dans son sillage la création d’Aïda en présence de l’impératrice Eugénie… Depuis, on a remarqué, je viens de le dire, l’intérêt collectif du public français, mesuré à l’ampleur des dons, pour le sauvetage des temples menacés par la montée des eaux du lac Nasser à la suite de la construction du barrage d’Assouan. La localisation du phare d’Alexandrie, la construction, toujours à Alexandrie, de la nouvelle bibliothèque, sans compter la vogue toujours renouvelée des expositions ont continué à entretenir et renouveler cet intérêt. S’il en faut un exemple, il y a une dizaine d’années, rebuté par la queue formée depuis la Cour carrée du Louvre jusqu’à l’entrée de la pyramide de Peï (encore une !) pour l’ouverture des nouvelles galeries égyptiennes, j’ai proposé à ma fille de 13 ans de l’emmener plutôt au Grand Palais où se tenait une exposition consacrée à Ramsès II en me disant que la file serait sans doute moins longue puisque l’exposition durait depuis plusieurs mois… Résultat : nous avons fait trois heures de queue !

L’Académie d’Orléans a célébré l’an dernier le bicentenaire de sa refondation après la Révolution en s’appuyant sur une idée-force, celle que, dans la mesure où l’explosion des connaissances a fragmenté les domaines de recherche et imposé la nécessité d’une collaboration entre disciplines comme condition de la moindre avancée, toute occasion qui permette un croisement et un échange des savoirs était à rechercher.

Il me semble qu’un colloque comme celui-ci répond exactement à cette idée. Vous êtes divers, riches d’expériences différentes, porteurs d’approches méthodologiques propres à vos disciplines, mais vous savez que c’est de la confrontation de vos recherches, de vos conclusions, que jailliront de nouvelles interprétations, de nouvelles hypothèses, de nouvelles pistes de réflexion et que s’enrichiront les connaissances. C’est pour cela que vous êtes ici.

J’ai eu récemment l’occasion, lors d’un séjour au pays de Galles, de rencontrer des archéologues spécialistes de l’âge de fer qui fouillaient un fortin des débuts de cette époque. Ils me disaient combien la connaissance des premiers siècles de l’installation des Celtes dans l’île dite de Grande Bretagne avait bénéficié de l’approche relativement récente d’une mise en commun de la part d’archéologues fouillant le sol, d’historiens interrogeant les sources écrites, d’anthropologues examinant les squelettes, de biologistes épluchant l’ADN des fragments humains retrouvés, d’ethnologues comparant les techniques de construction de paillotes avec celles de populations océaniennes et — là, j’étais fier ! — de linguistes scrutant et analysant la toponymie.

Vous qui allez intervenir venez de tous ces horizons-là. Je suis sûr que ces trois jours vont être passionnants. Again, your diversity, the variety of your individual disciplines can only mean that the next three days are going to be captivating.

May the winged sun shine on all of us.

Je vous remercie. Spassibo. Grazie mille. Thank you.

Gérard HOCMARD

Ancien Président de l’Académie d’Orléans

Professeur honoraire de Première supérieure

Partenaires du Colloque International d’Orléans

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