Notre logo (sa signification)

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CONFÉRENCE INAUGURALE DE L’ASA
 Ingrannes, 5 décembre 2009
SIGNIFICATION DU SOLEIL AIL
É

NOTRE LOGO

Danièle MICHAUX

L’image du disque solaire encadré entre deux ailes ou soutenues par celles-ci est devenu un symbole universel au Moyen Orient Ancien a duré en gros 3 millénaires, entre -2600 et + 600. Il s’agit d’un phénomène social transculturel dont le berceau se situe entre la Mésopotamie, la Syrie, l’Anatolie (Turquie) et l’Égypte ; L’image est une composition Ciel + Terre (Homme). Le soleil représente le Divin et les ailes représentent l’Homme en quête ou s’envolant vers le Ciel, et de façon plus précise le Roi-prêtre, intermédiaire entre les dieux et les hommes. Ce symbole est le logo de la royauté de droit divin et d’une saga mystique très ancienne, voire d’origine néolithique (vers le 7e mill. avant notre ère). Mais nous ne pouvons analyser cette saga qu’à partir du début du 3e millénaire lorsqu’apparaissent les premiers textes historiques énonçant des dynasties, sumériennes à l’Est et égyptiennes à l’Ouest. Leurs rois se réclament ‘fils’ ou issus du dieu Soleil. La théologie dite ‘solaire’ est indissociable de l’émergence de la royauté. Elle a gagné de proche en proche toutes les cultures du Moyen-Orient ancien.

 

Rappel historique sur l’émergence d’une culture du ‘soleil’

Entre le début du Néolithique, à la fin de la dernière glaciation (vers -10.000), et le début de la proto histoire, vers -3000, pendant 7 millénaires l’Homme Méditerranéen Homo Sapiens est passé du stade passif de prédateur, vivant de chasse, pêche et cueillette, au stade actif d’organisateur. À partir du 9e millénaire, avec l’élevage et la révolution de l’agriculture dans la zone privilégiée du Croissant Fertile, des communautés se sédentarisent et se développent grâce à une alimentation plus riche et régulière, ce qui entraîne une hiérarchisation. Il faut un chef pour répartir les tâches, trancher les différents et organiser l’approvisionnement de ce qui manque sur place, en premier lieu les matières premières pour fabriquer les outils contondants et aratoires avec des silex taillés et de l’obsidienne débitée en fines lamelles. Grâce à la découverte de l’extraction cuivre au 5e millénaire, qui donnera ensuite le bronze avec l’adjonction de l’étain, outils et armes se sont développés. Les commerces de pierres et de métaux développent les circuits commerciaux à grandes distance le long desquels se véhiculent les insignes du pouvoir, les principales étant, mains, rosettes et serpents entrelacés. Ces insignes gravés sur des cachets sont appliqués sur des bulles d’argile qui servaient à sceller les sacs des marchandises, inscrire la comptabilité puis le nom ou logo du propriétaire. Ce méta langage des images lié au système comptable des calculi en argile conduisit à une administration des ‘maisons royales’ et des ‘maisons divines’ de plus en plus sophistiquée. Et après avoir compté pendant des millénaires, on s’est mis à écrire, vers -3.300 à Sumer et en Égypte, à partir de ces pictogrammes du langage visuel interculturel qui s’étaient multipliés.

Ainsi pendant 7 millénaires, l’agriculture, la technologie, le commerce et son administration ont construit la notion de pouvoir dans chaque chefferie, dont les plus importantes deviennent des cités-états. Le chef justifie son ascendant sur les autres par la prétention d’être relié au pouvoir divin. Un roi puissant est obligatoirement un aimé des dieux. Et pour en être aimé, il faut les satisfaire en offrant à leurs temples des présents les plus exotiques qui soient. Ce faisant on justifie, commerce, conquêtes et guerres, pour en assurer les voies car l’expansion du pouvoir est bénie des dieux. Le système s’auto alimente. Mais tout le monde ne peut se référer au divin. Le roi-prêtre est un être à part. C’est un héro. Il est fils du Soleil.

La royauté solaire sumérienne et son extension

Le premier roi sumérien légendaire est Meskiangasher, roi d’Ourouk et prêtre. Il est dit « fils du dieu Soleil » dUTU (le d signifie DINGIR, ‘dieu’ et UTU ‘Soleil’ en sumérien). Ce roi serait contemporain d’Étana, le premier roi de Kish, qui réalisa son ascension au ciel grâce à un aigle, dont les ailes vont servir de bases à toute la mythologie mésopotamienne. La date de ces rois post diluviens mythiques est malaisée à définir. Cependant, ces dynasties archaïques sont datées entre -2900 et -2750. Le dernier roi d’Our, Shulgi (-2094-2047), est le premier roi à se faire appeler « Mon Soleil », une métaphore pour dire Monseigneur ou Sa Majesté, qui deviendra au 2e millénaire la formule d’adresse consacrée pour la correspondance cunéiforme échangée entre les chancelleries de Babylonie, Assyrie, Anatolie, Syrie, Palestine et Égypte. Le titre « Mon Soleil » est appliqué aux pharaons et grands rois mais pas aux petits roitelets de la sphère syro-palestiniens qui sont qualifiés de « chien » c’est-à-dire « vassal ».

En Égypte, la solarisation royale est plus tardive. Le premier roi à composer son nom avec celui du dieu soleil est Rêneb, « Le Soleil/Rê (est) Seigneur/neb », qui a régné vers -2700 sous la IIe dynastie. Mais il faut attendre la fin de la IVe dynastie avec Khéphren, « khai.f Ré », « Il s’élève le Soleil » (-2472-2448), pour voir un pharaon prétendre formellement au titre de « Fils de Ré ». Le roi s’élève en tant que Soleil auquel il s’identifie. La théologie solaire ne se développe dans la vallée du Nil qu’à partir de la Ve dynastie (-2465-2323), lorsque le dieu faucon Horus est assimilé à Ré.

En résumé, la théologie solaire se développe entre le Tigre, l’Euphrate et le Nil, dans la première moitié du IIIe millénaire, avec une antériorité pour la Mésopotamie qui retient les ailes de l’aigle pour l’ascension spirituelle. En Égypte, ce sont les ailes du faucon Horus, auquel s’identifient les pharaons, qui les introduisent auprès du dieu Soleil, dont les noms vont se multiplier, Ré, Horakhty, Atum etc. selon les fonctionnalités des rites locaux. En Mésopotamie, le Soleil UTU est à la fois mâle et femelle. L’aspect féminin apparaît sous la forme de la rosette qui orne leur disque ailé. À Sumer, la graphie originelle du mot DINGIR, ‘dieu/divinité’ ainsi que le mot AN, ‘ciel’ est une rosette. En Égypte, le Soleil est masculin. L’iconographie de l’aspect féminin se développe indépendamment avec les rites de la déesse Hathor qui récupèrent le symbole de la rosette. Ce symbole était fondamental à la royauté prédynastique comme on peut l’observer sur le monuments du roi Scorpion (Dynastie 0) et Narmer (Dynastie 1).

La mythologie mésopotamienne d’ANZU

En Mésopotamie l’aigle ANZU, dont les ailes sont très découpées, va fournir une foule de thèmes religieux, qu’on peut apprécier à partir de deux types de sources, les sceaux cylindres gravés de scènes religieuses, de véritables BD mythologiques, et des tablettes cunéiformes qui relatent les cycles mythologiques, comme celui d’Étana, qui monte au ciel de son vivant, ou celui du roi Héros Gilgamesh qui part à la conquête du monde pour trouver la plante d’immortalité. Le mythe de l’Homme oiseau ANZU, initialement un dieu, raconte comment il vola les tablettes du destin au roi des dieux, Enki ou Enlil, dont il était le gardien de sa porte. Ce faisant il a privé tous les dieux de leur pouvoir. Et pour échapper à leur colère et à leurs expéditions punitives, il s’est caché dans une montagne du Nord. Après moult péripéties et échecs des autres dieux, le preux Ninurta ou Ningirsu, assisté d’une armée de 7 dieux, en vint à bout en lui coupant ses ailes qui furent enfermées dans un temple, après quoi l’ordre cosmique fut rétabli, la régulation du monde revint aux mains des dieux et le chaos banni. Les ‘ailes coupées’ d’ANZU devinrent LE trophée cosmique et LE symbole du pouvoir qu’on accrochait de part et d’autre de l’entrée des sanctuaires. Ils rappellent à tous le bon usage du Savoir divin avec lequel on ne doit pas tricher. A la fin du IIIe millénaire, sous le règne de Gudéa (-2141-2122), le temple de Tello/Lagash, consacré à ANZU/Imdugud comprenait une tour à 7 étages appelée É-pa, ‘Maison des ailes’ dans lequel le roi déposait des offrandes pour le mariage du dieu et de sa dame. C’était la maison de la théogamie, ou mariage divin, symbole de la théogamie du roi sur terre, qui s’unit à sa force divine intérieure, considérée comme femelle. L’évènement cosmique est aussi représenté par deux serpents entrelacés, symbolisant l’union des forces masculines et féminines, comme parfois les jambes de la déesse (voir ci-dessous). Tous ces thèmes de royauté mystique sont diversement exprimés sur les sceaux cylindres de Sumer à l’Anatolie en passant par la Syrie.

Au IIe millénaire, avec l’arrivée de populations dites ‘indo-européennes’, les Hittites, Kassites en Babylonie et les Mitanniens en Syrie, cette mystique se développe. Les rois s’apparentent à des hommes oiseaux comme Shaushtatar I et II du Mitannie et au soleil ailé on ajoute un support à étages, qui représente deux fonctions. D’abord, la colonne vertébrale le long duquel s’élèvent les énergies divines, lequel est surmonté du Soleil Ailé, l’ensemble repésentant l’Arbre de Vie. Ensuite, l’étendard sacré sur lequel on jurait les traités de paix, de vassalité ou toute autre forme d’accord diplomatique. L’union était sacrée, comme l’union mystique. L’objet sur lequel on jurait se nommait Ṣalmu. Il fut ensuite divinisé. Le deuxième millénaire a connu une effervescence tous azimuts de luttes et d’alliances entre les peuples sur fond de guerre pour s’assurer, sinon la suprématie, du moins une aide mutuelle contre les invasions étrangères.

 

La mythologie égyptienne

Dans chaque aire culturelle, le soleil-oiseau se raconte à l’intérieur d’une mythologie distincte, propre aux cultes ancestraux locaux. Par conséquent son iconographie varie selon les régions. En Égypte, la mythologie d’ANZU est remplacée par celle du faucon Horus. Tous les pharaons s’incorporent le dieu Horus. Lors de l’accession à la royauté, le Nom de Fils de Rê (le pharaon a 5 noms) est inscrit sur une feuille de l’ished, l’arbre de Vie ou du Destin. Très tôt le disque ailé devient un dieu indépendant, appelé l’Horus de Behedet, une ville au nord du Delta identifiée à Tell el-Balamun. Le dieu originel remonterait au Prédynastique. Sous la IIIe dynastie la ville est dupliquée en Haute Égypte lorsque le culte d’Horus étend son pouvoir sur le Sud. Beheded devient le nom égyptien d’Edfou. Au Moyen Empire, lorsque les deux royaumes du Nord et du Sud on été réunifiés, Behedet est devenu Sam-n-Behedet, de sma, ‘unir’ et bḥdw, ‘trône’. L’union des deux trônes de Haute Égypte et Basse Égypte renvoie à l’union des deux identités du roi, humaine et divine. C’est pourquoi le disque solaire ailé, le Behedet est souvent peint ou sculpté sur les sièges royaux et trônes. La première mention de l’Horus Behedet se trouve dans une fausse chapelle de l’enceinte de la Pyramide à degré de Djoser, de la IIIe dynastie à Saqqarah (c. -2580). Il est intéressant de noter que le hiéroglyphe de la chapelle, kar, y est dépeint avec une petite aile, à la mode mésopotamienne des ailes d’ANZU, sauf qu’il n’y a qu’une aile. Ce détail est passé inaperçu. Les égyptologues ne connaissent pas le mythe d’ANZU. Je ne l’ai pas trouvé ailleurs en Égypte. Mais le disque ailé n’apparaît dans l’iconographie que 50 ans plus tard sous Snéfrou de la IVe dynastie, surmontant le cartouche royal, sur un coffret de la reine Hetepheres, puis sur une plaque de son fils Chéops et sur le sommet de la voile du bateau de Sahourê, sculpté sur un mur de son temple mortuaire d’Abousir. Cette voile est constellée de rosettes, un décor qu’on ne trouve sur aucune autre voile de bateaux. Les marins ont un type sémitique, ce qui expliquerait pourquoi le culte solaire a pris tant d’importance sous cette dynastie. Le Behedet est le symbole dominant du jubilé du roi, appelé hebsed, la Fête Sed. Ce rituel était destiné à la régénération des énergies cosmiques du pharaon, une manifestation qui correspondait à la théogamie mésopotamienne. Sous le trône du roi on représente toujours la plante d’union des forces opposées, représentées par les dieux ennemis Horus et Seth. Au Nouvel Empire, les représentations de Behedet se multiplient sur les cintres de stèles. Il arrive que le soleil soit remplacé par le hiéroglyphe šnw, qui est le nom du cartouche et signifie ‘encercler’ et par extension sémantique ‘totalité de ce qui est encerclé par le soleil dans sa course’ et donc sous le pouvoir du roi. Les ailes sont aussi remplacées par les yeux-oudjat, c’est-à-dire l’œil sain d’Horus. En clair, il s’agit de la vision divine, ou don de voyance par le Troisième Œil. A l’époque Gréco-Romaine la mythologie du disque ailé évolue avec la création de la Légende du Behedet, appelé aussi Epy-wr, le Grand Volant. Cette légende s’est développée à Edfou. On y explique que lorsque le dieu Soleil Rê-Harakty, ‘le Soleil de l’horizon’, atterrit à Edfou avec Behedet, ce dernier s’est envolé dans le ciel pour pourfendre tous ses ennemis avec sa barque munie de deux uraei pour terrifier les crocodiles et les hippopotames. Le Epy-wr écarta tous les opposants à chaque atterrissage du dieu Rê et ce dernier commanda au dieu Thot, dieu de la sagesse et des écritures, d’apposer à tous les temples d’Égypte l’emblème du disque ailé en signe de protection cosmique. Partout, le soleil ailé parcourt et embrasse le ciel d’un horizon à l’autre, avec, entre ses bras ou sous son symbole, une image identitaire ou celle de la paix réunificatrice. La nôtre, ASA, est dans un cartouche nominal comme en Égypte. Le globe lumineux illustre l’objectif de fond de l’association : éclairer le cheminement humain d’où émergea notre civilisation.

La signification du Soleil ou Disque ailé

Le symbole mystique du Soleil Ailé fait partie des arcanes de l’Arbre Sacré ou Arbre de Vie. On ne peut comprendre les théologies solaires antiques qu’au travers des explications fournies par les écoles du Tantrisme, une philosophie religieuse qui vient du Nord de l’Inde antique et dont les textes se sont multipliés au Moyen Âge. Bien que ces informations ont été divulguées tardivement, elles se réfèrent à un savoir qui remonte à l’Inde Védique contemporaine des populations dites ‘indo-aryennes’ qui ont déferlées dur le Moyen-Orient au 2e millénaire avant n.e. Le Tantrisme professe les techniques de stimulations des énergies vitales pour atteindre l’Éveil et parvenir à des états de conscience supérieurs grâce à l’ouverture du Troisième Œil. Ces énergies passent par 7 centres appelés chakras, ‘roues’, logées dans la colonne vertébrale, et représentées comme des rosettes, c’est-à-dire des roues à l’état statique. Ces énergies sont doubles, féminines et masculines. Leurs circuits, ida et pingala s’entrecroisent à chaque chakra, comme des serpents entrelacés, et l’énergie parvient jusqu’au chakra du Troisième Œil, qui lui, n’a que deux pétales ou ailes. Lorsque ces deux énergies s’unissent, le Troisième Œil s’ouvre et l’adepte connaît ce qu’on appelle la théogamie, l’union mystique de ses deux identités, l’identité humaine et l’identité spirituelle. L’homme renaît à sa dimension divine. Là est toute l’histoire de l’Arbre de Vie, de la royauté divine et du Soleil ou Disque ailé qui n’est autre que le Troisième Œil. Ce n’est pas pour rien qu’au IIe millénaire avant n.e. ces enseignements se sont beaucoup développés après l’arrivée en Mésopotamie et en Syrie de populations Indo-Aryennes qui vénéraient les dieux indiens, mitra, Varuna, Indra et Nasatya dont les noms se trouvent sur deux traités signés entre le roi Hittite Šupiluliuma et le roi Mitannien Šattiwaza. Deux rituels hittites évoquent Agni le dieu du feu, prototype de Brahman, dont le pilier sacré est la colonne vertébrale et l’oiseau mythique Hamza, l’œil de Brahman. Hamza et ANZU sont des cousins germains. Toute cette saga de la divine sagesse s’est développée dans le Moyen Orient Ancien et au Ie millénaire avant n.e. les Celtes l’ont transmis dans notre pays aux Druides, comme on peut le deviner par les sculptures du Glauberg en Rhénanie datant du Ve siècle avant n.e. Chaque culture dans l’Antiquité s’était appropriée cette sagesse et l’avait adapté à ses mythes locaux.

Bibliographie sommaire :

D. MICHAUX-COLOMBOT, « The royal Hittite title ‘My Sun’ and the winged sun disk », in 38. ICANAS, Actes du 38e Congrès International des Études Asianiques et Nord-Aficaines, Ankara 2008, Vol. I, pp. 329-353.

D. PARAYRE, « Les cachets ouest-sémitiques à travers l’image du disque solaire ailé (perspective iconographique), Syria 67, 1990, pp. 269-301.

B. TEISSIER, Egyptian iconography on Syro-Palestinian Cylinder seals of the Middle Bronze Age, OBO 11, Fribourg 1996.

A.H. GARDINER, “Horus the Beheddetite”, Journal of Egyptian Archaeology XXX, 1955, pp. 23-60.